Donation et rapport : comment ça marche ?
En bref
Le principe du rapport
Le rapport des donations est fondé sur une présomption de volonté du donateur : sauf indication contraire, on considère que les donations faites de son vivant sont des avances sur héritage, et non des avantages définitifs. L'objectif est de rétablir l'égalité entre les héritiers au moment de la succession.
L'article 843 du Code civil dispose : "Tout héritier, même bénéficiaire, venant à une succession, doit rapporter à ses cohéritiers tout ce qu'il a reçu du défunt, par donations entre vifs, directement ou indirectement."
Rapport civil et rapport fiscal : deux mécanismes distincts
Le rapport civil
Le rapport civil concerne le partage entre les héritiers. Il consiste à ajouter fictivement la valeur des donations à la masse successorale pour reconstituer le patrimoine du défunt et procéder à un partage équitable.
Le rapport se fait en valeur (et non en nature) depuis la loi du 23 juin 2006, sauf pour les donations-partages. La valeur retenue est celle du bien au jour du partage, selon son état au jour de la donation (article 860 du Code civil).
Le rapport fiscal
Le rapport fiscal concerne le calcul des droits de succession. L'administration fiscale réintègre les donations antérieures de moins de 15 ans pour déterminer le montant de l'abattement consommé et le barème applicable (article 784 du CGI).
Qui est tenu au rapport ?
Seuls les héritiers ab intestat (héritiers légaux, pas les légataires) sont tenus au rapport. Le rapport n'est dû qu'entre cohéritiers : un héritier ne rapporte pas ce qu'il a reçu au profit d'un tiers ou d'un légataire.
Le conjoint survivant est tenu au rapport s'il est héritier ab intestat (ce qui est le cas en l'absence de testament le désignant comme légataire).
Les exceptions au rapport
- La donation-partage : elle est expressément exclue du rapport (article 1076 du Code civil). C'est son principal avantage : chaque lot est définitif et la valeur est figée au jour de l'acte
- La clause de préciput (hors part) : le donateur peut stipuler que la donation est faite hors part successorale, c'est-à-dire en plus de la part d'héritage. Elle s'impute alors sur la quotité disponible
- Les présents d'usage : les cadeaux proportionnés ne sont pas rapportables
- L'assurance vie : les primes versées ne sont pas rapportables civilement (sauf primes manifestement exagérées)
Exemple concret
Pierre a deux enfants, Claire et David. En 2015, il donne 100 000 € à Claire pour l'aider à acheter un appartement (donation simple, en avancement de part). Pierre décède en 2026, laissant un patrimoine de 300 000 €.
Calcul du rapport :
- Masse de calcul : 300 000 € (patrimoine au décès) + 100 000 € (donation rapportable) = 400 000 €
- Part de chaque enfant : 400 000 / 2 = 200 000 €
- Claire : 200 000 - 100 000 (déjà reçu) = 100 000 € à recevoir de la succession
- David : 200 000 € à recevoir de la succession
Si Pierre avait fait une donation-partage de 100 000 € à Claire et 100 000 € à David en 2015, il n'y aurait pas de rapport. Chacun recevrait simplement la moitié des 300 000 € restants, soit 150 000 €.
Donation-partage vs donation simple : un choix crucial
La donation-partage est souvent préférable à la donation simple car :
- Elle fige la valeur des biens au jour de la donation (pas de réévaluation au partage)
- Elle n'est pas rapportable à la succession
- Elle prévient les conflits entre héritiers sur la valorisation des biens
La donation simple, en revanche, sera réévaluée au jour du partage, ce qui peut créer des inégalités si le bien a pris ou perdu de la valeur.
Erreurs fréquentes
- Croire que la donation-partage est toujours préférable : elle nécessite de donner à tous les héritiers (au moins deux) dans le même acte, ce qui n'est pas toujours possible
- Oublier la clause de préciput : sans mention "hors part", la donation est présumée en avancement de part et sera rapportée
- Confondre rapport civil et rapport fiscal : le rapport civil concerne le partage entre héritiers ; le rapport fiscal concerne le calcul des droits
Donation-partage : la valeur est figée au jour de l'acte
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