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Legare

Qui hérite quand il n'y a pas de testament ?

Votre concubin ne reçoit rien. Vos enfants se retrouvent bloqués en indivision. Le Code civil décide à votre place.

Dernière revue éditoriale

86 %

de Français n'ont pas rédigé de testament (IFOP 2024)

6-8 ans

Durée moyenne d'une indivision (source notariale)

25 %

Successions conflictuelles (Conseil sup. du notariat)

60 %

Droits du concubin (après 1 594 €)

La dévolution légale

Dévolution légale : les règles de la succession ab intestat

En l'absence de testament, la succession est dite ab intestat (du latin "sans testament"). C'est la dévolution légale qui s'applique : le Code civil fixe automatiquement qui hérite et dans quelles proportions (art. 731 à 755). Vos volontés ne sont pas recueillies et vos héritiers n'ont aucune marge de manœuvre.

La loi classe les héritiers en quatre ordres qui s'excluent l'un l'autre (art. 734) : 1) les descendants (enfants, petits-enfants), 2) les parents et les frères et sœurs, 3) les autres ascendants (grands-parents), 4) les collatéraux ordinaires (oncles, tantes, cousins). Le conjoint survivant occupe une place à part qui traverse ces ordres. Pour le détail de chaque ordre et les parts exactes selon votre situation familiale, voyez l'ordre des héritiers légaux.

Quand la loi décide pour vous

Sans testament, c'est le Code civil qui fixe la répartition. Vos volontés ne comptent pas et vos héritiers n'ont aucune marge de manœuvre.

Famille réunie dans un salon français, moment de silence pensif entre les générations

Exemple concret : patrimoine de 600 000 €, 2 enfants, conjoint marié

Sans testament, votre conjoint choisit entre 1/4 en pleine propriété (150 000 €) ou l'usufruit de la totalité. Vos 2 enfants se partagent le reste en indivision (copropriété forcée : chaque décision exige l'accord de tous).

Droits de succession pour les enfants : environ 23 000 € chacun après abattements.

Et si vos enfants sont en désaccord sur la maison familiale ? Blocage garanti pendant des années.

Combien recevra chaque héritier dans VOTRE situation ?

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L'ordre des héritiers

Répartition légale selon votre situation familiale

Ce que reçoit chaque héritier par défaut (sans testament)

Conjoint

Conjoint + enfants communs
1/4 PP ou 100% usufruit (au choix)
Conjoint + enfants non communs
1/4 en pleine propriété uniquement
Conjoint + parents (sans enfant)
1/2 (ou 3/4 si 1 seul parent)
Conjoint seul (ni enfant ni parent)
100%
Enfants seuls (sans conjoint)
-
Célibataire sans enfant, parents + frères/sœurs
-

Enfants

Conjoint + enfants communs
Le reste à parts égales
Conjoint + enfants non communs
3/4 à parts égales
Conjoint + parents (sans enfant)
Parents : 1/4 chacun
Conjoint seul (ni enfant ni parent)
-
Enfants seuls (sans conjoint)
100% à parts égales
Célibataire sans enfant, parents + frères/sœurs
Parents : 1/4 chacun (art. 738 al. 1). Frères/sœurs : le reste

PP = pleine propriété. Articles 757, 738 du Code civil.

La part du conjoint

Marié, pacsé ou concubin : des droits très différents

StatutHéritier légal ?Droits de successionLogement
MariéOUIExonéré (0%)Droit viager au logement (imputé sur sa part, art. 764-765 ; si la valeur excède ses droits, pas de recompense due)
PacséNON (testament requis)Exonéré si désigné12 mois de jouissance (supplétif, peut être écarté par testament)
ConcubinNON (testament requis)60% après 1 594 €Aucun droit

Le conjoint marié bénéficie aussi d'un droit temporaire de 12 mois (art. 763 CC, d'ordre public : ne peut être supprimé par testament). Le concubin ne reçoit RIEN sans testament, même après 30 ans de vie commune.

Voir un exemple chiffré : conjoint survivant et deux enfants

Le conjoint choisit entre le quart en pleine propriété et l'usufruit de la totalité

Exemple chiffré : père décédé, mère survivante, 2 enfants

Succession de 300 000 €, tous les enfants sont communs (art. 757 CC)

Option 1 : conjoint choisit 1/4 en pleine propriété

Conjoint survivant
75 000 € en pleine propriété
Enfant 1
112 500 € en pleine propriété
Enfant 2
112 500 € en pleine propriété
Droits de succession
0 € pour le conjoint (exonéré). Enfants : 0 € chacun (abattement de 100 000 € par enfant couvre leur part)
Risque principal
Indivision sur les biens non attribués

Option 2 : conjoint choisit l'usufruit total

Conjoint survivant
Usufruit sur 300 000 € (droit d'usage et revenus sur la totalité)
Enfant 1
Nue-propriété sur 150 000 €
Enfant 2
Nue-propriété sur 150 000 €
Droits de succession
0 € pour le conjoint (exonéré). Enfants : droits calculés sur la valeur de la nue-propriété selon le barème de l'art. 669 CGI
Risque principal
Blocage : les enfants ne peuvent pas vendre sans l'accord de l'usufruitier

Le conjoint a 3 mois pour choisir après invitation écrite d'un héritier (art. 758-3 CC). Sans réponse, il est présumé avoir opté pour l'usufruit. Avec des enfants non communs, seul le 1/4 en pleine propriété est possible.

Le concubin ne reçoit RIEN sans testament, même après 30 ans de vie commune.

Code civil, art. 731 et suivants

60 %

C'est le taux de droits de succession applicable au concubin (après seulement 1 594 € d'abattement). Même après 30 ans de vie commune, sans testament, votre concubin ne reçoit rien.

Sans testament, votre concubin ne reçoit rien

Jean et Marie vivent ensemble depuis 25 ans. Jean n'a ni enfant ni parent vivant. Il décède sans testament, propriétaire d'un appartement de 300 000 €.

Résultat : Marie ne reçoit rien. La succession revient aux neveux de Jean. Elle doit quitter le logement.

Le concubin n'est pas un héritier légal : le Code civil ne lui accorde aucune vocation successorale. Sans testament, il est exclu, même s'il a financé le logement, même si le défunt n'a aucun héritier proche.

L'assurance-vie est le principal levier de protection du concubin : le capital est versé hors succession, avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire sur les primes versées avant 70 ans (art. 990 I CGI), taxé à 20 % jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 % au-delà - incomparablement plus avantageux que les 60 % de droits de succession.

Comment protéger mon concubin
Intérieur français chaleureux avec signes de vie quotidienne à deux
La représentation

La représentation : quand les petits-enfants héritent à la place de leur parent

Si l'un de vos enfants est décédé avant vous, ses propres enfants (vos petits-enfants) héritent à sa place. C'est le mécanisme de la représentation (art. 751 à 755 du Code civil).

Exemple : vous avez 2 enfants, mais votre fils est décédé avant vous. Il avait 3 enfants. Votre fille reçoit 1/2, et les 3 petits-enfants se partagent l'autre 1/2 (soit 1/6 chacun). Ils bénéficient de l'abattement de 100 000 € de leur parent, partagé entre eux : 33 333 € chacun (et non 100 000 € chacun).

La représentation fonctionne aussi en cas de renonciation : si votre fille renonce à la succession, ses enfants peuvent hériter à sa place. Chaque représentant a le choix d'accepter ou de refuser individuellement.

Comment se déroule une succession sans testament ?

Les 6 étapes du règlement, du décès au partage

1

Déclaration de décès en mairie (24h)

Obtention de l'acte de décès. Document indispensable pour toutes les démarches suivantes.

2

Choix du notaire

Le notaire interroge le Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés (FCDDV) pour vérifier qu'aucun testament n'existe.

3

Acte de notoriété (2 à 4 semaines)

Le notaire établit la liste officielle des héritiers. Document nécessaire pour débloquer les comptes bancaires.

4

Inventaire et évaluation du patrimoine

Le notaire recense l'ensemble des biens (immobilier, comptes, assurance-vie, dettes) et les évalue.

5

Option successorale (4 mois minimum)

Chaque héritier choisit : accepter purement et simplement, accepter à concurrence de l'actif net, ou renoncer (art. 768-780 CC).

6

Déclaration fiscale et partage (6 mois)

Dépôt de la déclaration de succession, paiement des droits, puis partage des biens entre héritiers (amiable ou judiciaire si désaccord).

L'indivision : quand vos héritiers deviennent prisonniers

Sans testament, vos héritiers se retrouvent copropriétaires de tout : maison, comptes, voiture. C'est l'indivision.

Le problème ? Les actes d'administration requièrent la majorité des 2/3 (art. 815-3). Pour vendre (acte de disposition), l'unanimité est le principe. La procédure de l'article 815-5-1 permet aux indivisaires détenant au moins 2/3 des droits d'exprimer leur intention de vendre devant notaire, mais si un indivisaire s'oppose, il faut obtenir une autorisation judiciaire du tribunal. En pratique : procédure lourde, dépréciation du patrimoine, conflits familiaux.

La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, entrée en vigueur le 9 avril 2026, a simplifié la sortie de l'indivision : un indivisaire peut désormais demander au juge l'autorisation de vendre seul un bien indivis en cas d'urgence (art. 815-6 CC). La règle de la majorité des 2/3 des droits pour vendre sous contrôle du tribunal reste toutefois maintenue (art. 815-5-1 CC). Le vrai remède reste d'attribuer vos biens de votre vivant pour éviter l'indivision.

Comprendre l'indivision

Art. 815 Code civil

Nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision. Le partage peut toujours être provoqué.

6 à 8 ans en moyenne

Durée moyenne d'une indivision successorale selon les statistiques notariales.

Comprendre l'indivision

Droits, obligations et sortie d'indivision

Avec ou sans testament : ce qui change

Pourquoi ne rien faire vous fait perdre le contrôle

Sans testament

Qui décide ?
Le Code civil (règles par défaut)
Part du conjoint
1/4 PP ou usufruit (choix limité)
Concubin/pacsé
Rien (0 €)
Bien immobilier
Indivision entre héritiers
Risque de conflit
Élevé (source notariale : 1 sur 4)
Coût de la démarche
0 €

Avec testament ou donation

Qui décide ?
Vous, dans la limite de la réserve
Part du conjoint
Jusqu'à la quotité disponible en plus
Concubin/pacsé
Peut recevoir la quotité disponible
Bien immobilier
Attribution spécifique possible
Risque de conflit
Réduit par vos instructions claires
Coût de la démarche
45-80 € (dépôt testament) à 261 € par époux (donation entre époux)

PP = pleine propriété. La quotité disponible dépend du nombre d'enfants (1/2 avec 1 enfant, 1/3 avec 2, 1/4 avec 3+).

Le testament ne change pas le montant des droits de succession

Les droits de succession (barème et abattements) sont identiques que le défunt ait rédigé un testament ou non. Un testament modifie la répartition des biens entre les héritiers, pas le montant total taxé par l'administration fiscale. En ligne directe, l'abattement reste de 100 000 € par enfant et le barème va de 5 % à 45 %. Seuls des dispositifs comme l'assurance-vie ou les donations anticipées réduisent réellement la facture fiscale des héritiers.

Questions fréquentes

Ne laissez pas le Code civil décider à votre place

Un testament olographe prend 15 minutes et coûte 0 € (faites-le relire par un notaire pour éviter les pièges : 100 à 300 €). Le dépôt chez notaire : 45 à 80 € TTC. Comparez ça au coût d’une indivision bloquée pendant des années.

Les informations présentées sur cette page sont à caractère général et ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Elles sont vérifiées auprès de sources officielles (Code général des impôts, BOFiP, service-public.fr) mais ne sauraient se substituer à l'avis du professionnel adapté à votre situation : un notaire pour les actes (donation, testament, règlement de succession), un conseiller en gestion de patrimoine pour une stratégie d'anticipation, un avocat fiscaliste en cas de contentieux. Données fiscales en vigueur au 1er janvier 2026.