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Legare

Accepter ou refuser une succession : quelle option choisir ?

Trois options légales existent pour vous protéger - ou renoncer totalement. Voici comment choisir.

Dernière revue éditoriale
Les trois options

Ne touchez à rien avant d'avoir choisi votre option

Certains actes vous engagent automatiquement comme acceptant pur et simple, même sans signature : vendre un bien du défunt, encaisser ses loyers, régler ses dettes avec ses fonds, disposer de ses biens comme propriétaire. En revanche, les actes conservatoires (payer les charges courantes, entretenir un bien) ne valent pas acceptation (article 784 du Code civil). Si un acte urgent est nécessaire (vendre un bien périssable, payer une charge urgente), vous pouvez demander une autorisation au juge sans que cela vaille acceptation. Ne rien faire vous engage aussi : après une sommation de prendre parti, votre silence pendant 2 mois vaut acceptation tacite, dettes comprises (articles 771 et 772 du Code civil). Sans sommation, vous gardez 10 ans pour choisir ; passé ce délai, vous êtes au contraire réputé renonçant (article 780 du Code civil).

Les 3 options en un coup d'œil

Comparez avant de décider

Acceptation pureActif net (protection)Renonciation
Vous payez les dettesOui, sans limiteOui, plafonné à l'actif reçuNon
Biens personnels protégésNonOuiSans objet
FormalitésAucune (ou acte notarié)Déclaration + inventaire + publicationsCerfa 15828*05 au greffe
Coût de l'option0 € (hors notaire)500 à 3 000 € (inventaire) + JAL0 €
RéversibilitéIrréversibleConvertible en acceptation pure**Révocable sous conditions*
Recommandé si…Situation financière claireDoute sur les dettesDettes > actif

* La révocation de renonciation n'est possible que si aucun héritier n'a accepté entre-temps, que l'État n'a pas été mis en possession, et dans le délai de 10 ans (article 807 du Code civil). En cas de révocation, seule l'acceptation pure et simple est possible - l'actif net est exclu. ** L'héritier ayant accepté à concurrence de l'actif net peut convertir son option en acceptation pure et simple (article 801 du Code civil), mais pas renoncer. Frais funéraires (article 806 du Code civil) : si le défunt est votre ascendant ou descendant, vous devez y participer à proportion de vos moyens, même en cas de renonciation (remboursables sur le compte du défunt dans la limite de 5 965 €). Cette obligation ne vise pas les collatéraux.

L'acceptation pure et simple

Exemple concret : pourquoi ce choix est crucial

La maison de votre père vaut 200 000 €. Vous acceptez l'héritage. Quelques mois plus tard, vous découvrez 250 000 € de dettes (crédit, cautions, dettes fiscales).

Résultat : vous devez payer 50 000 € sur votre propre patrimoine. Vos comptes personnels, votre épargne, voire votre propre maison peuvent être saisis.

C'est la règle de l'acceptation pure et simple : l'héritier répond indéfiniment des dettes de la succession, sur son propre patrimoine, au-delà de l'actif reçu (responsabilité dite « ultra vires successionis », article 785 du Code civil).

Si vous aviez choisi l'acceptation à concurrence de l'actif net (protection maximale), votre patrimoine personnel serait intouchable.

Filet de sécurité :si vous avez accepté purement et simplement et découvrez ensuite une dette que vous aviez des motifs légitimes d'ignorer, vous pouvez demander au juge d'en être déchargé - à condition que cette dette obère gravement votre patrimoine. Vous avez 5 mois après la découverte pour agir (article 786 du Code civil).

La ligne « Vous payez les dettes : oui, sans limite » de l'acceptation pure et simple a un sens juridique précis.Le risque clé de l'acceptation pure et simple : vous répondez des dettes de la succession sur votre patrimoine personnel, au-delà de l'actif reçu (responsabilité « ultra vires successionis », article 785 du Code civil). C'est le seul cas où vos biens propres sont exposés : l'acceptation à concurrence de l'actif net les met hors d'atteinte, la renonciation vous décharge entièrement.

L'actif net

L'acceptation à concurrence de l'actif net : la protection maximale

Délai critique : l'inventaire doit être déposé dans les 2 mois suivant la déclaration

Ne confondez pas ce délai avec celui de la sommation : les 2 mois pour répondre à une sommation d'opter (avant de choisir) sont distincts des 2 mois pour déposer l'inventaire (après avoir déclaré l'acceptation à concurrence de l'actif net). Si l'inventaire n'est pas réalisé dans les 2 mois suivant la déclaration (sauf prorogation accordée par le juge), vous perdez toute protection et devenez acceptant pur et simple. Autre piège : vendre des biens sans le déclarer au greffe ou produire un inventaire volontairement incomplet entraîne la même déchéance (article 800 du Code civil).

Anciennement « sous bénéfice d'inventaire », cette option vous permet d'hériter tout en protégeant vos biens personnels. Vous ne paierez jamais plus que ce que vous avez reçu (articles 787 à 803 du Code civil).

  • Vous acceptez l'héritage
  • Vous payez les dettes uniquement dans la limite de l'actif reçu
  • Vos comptes personnels, votre maison, votre épargne sont intouchables

Recommandée si le défunt était entrepreneur, avait donné des cautions, ou si vous ignorez l'étendue exacte des dettes.

Procédure de l'acceptation à concurrence de l'actif net

Plus lourde mais plus protectrice

1

Déclaration au greffe ou chez notaire

Déposez votre déclaration au tribunal judiciaire du dernier domicile du défunt, ou devant notaire (honoraires applicables). Élection d'un domicile unique en France obligatoire.

2

Double publication légale

Le greffier publie au BODACC (gratuit). De votre côté, vous devez faire paraître un avis dans un journal d'annonces légales dans le mois suivant la déclaration (article 1335 du CPC). Coût du JAL : 150 à 300 €.

3

Inventaire obligatoire dans les 2 mois suivant la déclaration

Par commissaire-priseur, huissier ou notaire. Estimation article par article de l'actif et du passif. Coût : 500 à 2 500 € selon le patrimoine. Délai supplémentaire possible sur demande au juge.

4

Délai des créanciers : 15 mois

À compter de la publication, les créanciers sans garantie ont 15 mois pour déclarer leurs créances. Passé ce délai, leurs créances sont éteintes (article 792 du Code civil).

La renonciation

La renonciation : refuser complètement l'héritage

Vous refusez l'héritage dans sa totalité. Juridiquement, vous êtes réputé n'avoir jamais été héritier (article 805 du Code civil).

  • Vous ne recevez aucun bien et ne payez aucune dette
  • Vous ne payez aucun droit de succession
  • Exception : si le défunt est votre ascendant ou descendant, vous devez participer aux frais funéraires à proportion de vos moyens (article 806 du Code civil - remboursables sur le compte du défunt, plafond 5 965 €). Cette obligation ne vise pas les collatéraux
  • Votre part revient à vos enfants par représentation
  • Vos donations antérieures sont conservées (si elles ne dépassent pas la quotité disponible)

Choisissez la renonciation si les dettes dépassent clairement l'actif, si vous souhaitez transmettre directement à vos enfants (saut de génération = économie de droits), ou si vous êtes en difficulté financière.

Le saut de génération réduit les droits, mais ne multiplie pas les abattements.Renoncer pour vos enfants : l'abattement se partage. Si vous renoncez pour que vos enfants héritent à votre place, ils se répartissent l'abattement de 100 000 €qui vous revenait (article 779 du CGI) : ils n'obtiennent pas chacun un abattement plein. L'économie vient du saut d'une génération de taxation, pas d'une multiplication des abattements (source BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-50-80).

La renonciation n'efface pas tous les droits que vous teniez par ailleurs.Assurance-vie : un capital préservé même en cas de renonciation. Si vous êtes bénéficiaire d'un contrat d'assurance-vie, vous conservez le capital même en renonçant à la succession. L'assurance-vie est hors succession (article L132-12 du Code des assurances).

Ce que coûte un refus. La renonciation est gratuite au greffe du tribunal judiciaire : 0 € pour déposer le formulaire Cerfa 15828*05 (héritier majeur) ou Cerfa 15832*05(au nom d'un mineur). Le seul coût possible vient du choix de passer par un notaireplutôt que par le greffe : les honoraires sont alors libres (en pratique de l'ordre de 100 à 300 €). Le greffe reste l'option gratuite dans tous les cas.

Attention toutefois : une renonciation faite en fraude des droits de vos propres créanciers peut leur être déclarée inopposable. La Cour de cassation a jugé qu'un créancier peut faire saisir les biens auxquels son débiteur a renoncé frauduleusement, par le jeu de l'action paulienne (Cass. 1re civ., 22 janvier 2020, n°19-12.492). La renonciation reste donc un acte sincère, pas un moyen d'échapper à ses propres dettes.

Procédure de renonciation

Gratuite et simple (formulaire Cerfa 15828*05)

1

Télécharger le Cerfa 15828*05

Disponible sur service-public.fr. Pour un mineur : requête auprès du juge des tutelles (Cerfa 15811*03) puis déclaration de renonciation (Cerfa 15832*05).

2

Rassembler les pièces justificatives

Acte de décès, acte de naissance de l'héritier (moins de 3 mois), copie recto-verso de la pièce d'identité en cours de validité.

3

Déposer au greffe du tribunal judiciaire

Tribunal du dernier domicile du défunt. Envoi par courrier recommandé ou dépôt en personne. Également possible chez notaire depuis 2017 (honoraires applicables).

4

Conserver le récépissé

Le greffier enregistre votre renonciation et vous délivre un récépissé. Procédure entièrement gratuite au tribunal. Ce document prouve votre renonciation aux créanciers.

4 mois de réflexion, 10 ans pour choisir. Passé le délai, l'inaction vous engage comme acceptant pur et simple.

Comment choisir

Quelle option choisir selon votre situation ?

Acceptation pure et simple - uniquement si la situation est claire :
  • Vous connaissez bien les finances du défunt (conjoint, parent proche)
  • L'actif dépasse largement les dettes
  • Aucun risque de créanciers inconnus
Acceptation à concurrence de l'actif net - en cas de doute :
  • Le défunt était entrepreneur, artisan ou profession libérale
  • Il avait signé des cautions pour des tiers
  • Vous ignorez l'étendue exacte des dettes fiscales ou bancaires
  • Des créanciers inconnus pourraient se manifester
Renonciation - quand l'héritage est un fardeau :
  • Les dettes dépassent clairement la valeur des biens
  • Vous souhaitez transmettre directement à vos enfants (économie de droits)
  • Vous êtes en difficulté financière (surendettement, RSA)
Voir la procédure de l'actif net

Vos délais pour décider

Personne ne peut vous forcer à choisir pendant les 4 premiers mois (article 780 du Code civil). Passé ce délai, un créancier ou cohéritier peut vous sommer d'opter.

4 mois

Délai de réflexion

2 mois

Pour répondre à une sommation d'opter

10 ans

Délai maximum pour opter

0 €

Coût de la renonciation

Les erreurs qui coûtent cher

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Accepter sans vérifier les dettes

Consultez FICOBA (existence des comptes), FICP (incidents de paiement) et la publicité foncière via le notaire en charge de la succession avant de décider.

Laisser passer le délai sans répondre

Sans réponse à une sommation d'opter, vous êtes automatiquement acceptant pur et simple après 2 mois.

Oublier l'inventaire (actif net)

L'inventaire doit être déposé dans les 2 mois suivant la déclaration. Sinon, vous perdez la protection et devenez acceptant pur et simple.

La succession est-elle bénéficiaire ou déficitaire ?

Avant de choisir votre option, évaluez le solde réel : valeur des biens moins total des dettes. Résultat immédiat, gratuit, sans inscription.

Questions fréquentes sur le choix successoral

Anticipez avant de choisir

L'acceptation pure et simple est irréversible. Vérifiez le solde actif/passif et explorez les stratégies de réduction des droits.

Les informations présentées sur cette page sont à caractère général et ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Elles sont vérifiées auprès de sources officielles (Code général des impôts, BOFiP, service-public.fr) mais ne sauraient se substituer à l'avis du professionnel adapté à votre situation : un notaire pour les actes (donation, testament, règlement de succession), un conseiller en gestion de patrimoine pour une stratégie d'anticipation, un avocat fiscaliste en cas de contentieux. Données fiscales en vigueur au 1er janvier 2026.