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Legare

Indivision : autorisation judiciaire de vente (art. 815-5-1)

Mis à jour le 5 juillet 2026 - 9 min de lecture

Faits

À l'issue d'une succession, plusieurs héritiers se retrouvent en indivision sur un bien immobilier. Certains souhaitent vendre, d'autres s'y opposent. L'indivision est par nature source de conflits : "nul n'est contraint de demeurer dans l'indivision" (article 815 du Code civil), mais en pratique, la vente d'un bien indivis suppose en principe l'unanimité des indivisaires.

L'article 815-5-1 du Code civil, introduit par la loi du 23 juin 2006, a créé un mécanisme permettant de vendre un bien indivis à la majorité des deux tiers des droits indivis, sous contrôle judiciaire.

Question de droit

Dans quelles conditions les indivisaires détenant au moins deux tiers des droits indivis peuvent-ils obtenir l'autorisation judiciaire de vendre un bien malgré l'opposition d'un ou plusieurs co-indivisaires ?

Décision

La Cour de cassation a précisé les conditions et la procédure de l'article 815-5-1 :

Conditions

  1. Majorité des deux tiers : les indivisaires favorables à la vente doivent détenir au moins les deux tiers des droits indivis. Il s'agit des droits en valeur, et non du nombre d'indivisaires.
  2. Notification par acte d'huissier : l'intention de vendre doit être notifiée aux indivisaires minoritaires par acte d'huissier. La notification doit mentionner les conditions envisagées de la vente (prix, modalités).
  3. Délai de trois mois : les indivisaires minoritaires disposent d'un délai de trois mois pour se manifester.
  4. Saisine du tribunal judiciaire : si les indivisaires minoritaires ne donnent pas leur accord dans le délai de trois mois, le notaire saisit le président du tribunal judiciaire qui autorise la vente.

Contrôle judiciaire

Le président du tribunal judiciaire exerce un contrôle sur deux éléments :

  • L'intérêt commun : la vente doit être conforme à l'intérêt de tous les indivisaires, y compris les minoritaires. Le juge vérifie que le prix envisagé est conforme à la valeur de marché.
  • L'absence d'atteinte excessive aux droits des opposants : le juge peut refuser l'autorisation si la vente causerait un préjudice disproportionné aux indivisaires minoritaires (par exemple, si le bien est le logement familial d'un opposant).

Le droit de préemption

L'indivisaire minoritaire dispose d'un droit de préemption : il peut se porter acquéreur du bien aux conditions fixées par le juge. Ce droit protège l'indivisaire qui souhaite conserver le bien en lui donnant la priorité.

Conséquence pratique

  • L'article 815-5-1 a considérablement facilité la sortie d'indivision. Avant 2006, seule l'unanimité ou le partage judiciaire (long et coûteux) permettait de débloquer la situation.
  • La procédure est néanmoins encadrée : elle ne permet pas à la majorité d'imposer des conditions défavorables aux minoritaires. Le contrôle du juge et le droit de préemption protègent les intérêts de tous.
  • L'alternative du partage judiciaire (article 840 du Code civil) reste disponible : tout indivisaire peut demander le partage en justice, entraînant soit l'attribution du bien à l'un des indivisaires (avec versement d'une soulte), soit la vente aux enchères.
  • En pratique, la menace de recourir à l'article 815-5-1 suffit souvent à débloquer les négociations et à inciter les indivisaires récalcitrants à trouver un accord amiable.

Les limites du mécanisme

L'autorisation judiciaire de vente n'est pas une solution miracle. Plusieurs difficultés pratiques doivent être anticipées :

  • Le prix de vente : le juge vérifie que le prix envisagé est conforme au marché. Une vente au rabais pour accélérer la liquidation sera refusée si elle porte atteinte aux intérêts des minoritaires.
  • La notification par huissier : les frais d'huissier sont à la charge des demandeurs et peuvent représenter plusieurs centaines d'euros, notamment si les indivisaires minoritaires sont difficiles à localiser.
  • L'indivisaire introuvable : si un indivisaire ne peut être localisé, la procédure est plus complexe et peut nécessiter la désignation d'un mandataire successoral par le juge.
  • Le bien occupé par un indivisaire : si l'un des indivisaires occupe le bien, la vente avec occupation peut être décotée de 15 à 25 %, réduisant le produit de la vente pour tous les indivisaires.

Conseils pratiques

Avant d'engager la procédure de l'article 815-5-1, il est recommandé de :

  • Tenter une médiation : le recours à un médiateur peut débloquer la situation à moindre coût et dans un délai plus court que la procédure judiciaire.
  • Proposer un rachat : si un indivisaire souhaite conserver le bien, il peut proposer de racheter les parts des autres à un prix conforme au marché.
  • Faire estimer le bien : une estimation indépendante permet de fixer un prix de référence objectif et de prévenir les contestations devant le juge.

Le président du tribunal judiciaire est compétent

Depuis la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019, c'est le président du tribunal judiciaire qui est compétent pour autoriser la vente d'un bien indivis (et non plus le "juge d'instance" ou le "tribunal de grande instance"). Le tribunal judiciaire remplace les anciens TGI et TI depuis le 1er janvier 2020.

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Questions fréquentes