Aller au contenu principal
Legare

Succession internationale : quelle loi s'applique et qui paie les droits ?

Résidence habituelle, biens situés en France, conventions fiscales : les règles changent selon le pays. Un guide pour éviter la double imposition et respecter les délais.

SourcesRèglement UE 650/2012Art. 750 ter et 784 A CGIConventions fiscales bilatéralesService-public.fr
Dernière revue éditoriale

12 mois

Délai si décès hors France

25

États de l'UE appliquant le règlement 650/2012

45 %

Taux maximum en France (ligne directe)

La loi applicable

Le principe : la loi de la dernière résidence habituelle

Depuis le 17 août 2015, le règlement européen 650/2012 unifie les règles de conflit de lois en matière successorale dans l'Union européenne. Le principe est simple : c'est la loi de l'État dans lequel le défunt avait sa dernière résidence habituelle qui régit l'ensemble de la succession.

Conséquences pratiques

  • Un Français résidant en Espagne : sa succession est régie par le droit espagnol (réserve héréditaire différente, règles de partage espagnoles)
  • Un Allemand résidant en France : sa succession est régie par le droit français (réserve héréditaire française, barème français)
  • Un Français résidant en France avec un bien au Portugal : droit français pour toute la succession, mais fiscalité portugaise sur le bien situé au Portugal

La résidence habituelle n'est pas le domicile fiscal. C'est le lieu où le défunt vivait de manière stable et continue, apprécié au cas par cas (centre d'intérêts, durée de séjour, liens familiaux et professionnels).

Règlement UE 650/2012

Art. 21 : la loi applicable est celle de l'État de la dernière résidence habituelle du défunt au moment du décès.

Attention aux idées reçues

La nationalité ne détermine pas la loi applicable. Un Français qui réside à l'étranger n'est pas automatiquement soumis au droit français.

Ordre des héritiers en droit français

Réserve héréditaire et quotité disponible

Le choix de la loi

La professio juris : choisir sa loi nationale par testament

L'article 22 du règlement 650/2012 permet au défunt de choisir, de son vivant et par testament, la loi de sa nationalité pour régir l'ensemble de sa succession. Ce choix s'appelle la professio juris.

Exemple : un Français résidant au Portugal peut indiquer dans son testament qu'il choisit la loi française. Sa succession sera alors régie par le droit français (réserve héréditaire, quotité disponible, règles de partage françaises), même si son domicile est au Portugal.

Limites : la professio juris ne permet de choisir que la loi de la nationalité du défunt, pas celle d'un pays tiers. En cas de double nationalité, le défunt peut choisir la loi de l'une ou l'autre de ses nationalités.

Impact fiscal

La professio juris ne modifie que la loi civile applicable (dévolution, réserve héréditaire, partage). Elle n'a aucun effet sur la fiscalité, qui reste déterminée par les règles de chaque État (lieu de situation des biens, résidence de l'héritier).

La réserve héréditaire face à une loi étrangère

Certaines lois étrangères ignorent la réserve héréditaire et autorisent à déshériter ses enfants. Lorsque la loi applicable au fond de la succession ne prévoit aucune part minimale pour les descendants, le droit français offre un mécanisme de protection.

Depuis la loi du 24 août 2021 (art. 913, alinéa 3 du Code civil), applicable aux successions ouvertes à compter du 1er novembre 2021, un enfant privé de sa réserve par une loi étrangère peut prélever une part compensatoire sur les biens du défunt situés en France.

Deux conditions cumulatives : le défunt ou l'un de ses enfants doit être ressortissant d'un État de l'Union européenne ou y résider habituellement au jour du décès, et la loi étrangère applicable ne doit connaître aucun mécanisme réservataire.

Art. 913, alinéa 3 du Code civil

Droit de prélèvement compensatoire introduit par la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021, pour les successions ouvertes depuis le 1er novembre 2021. Il rétablit la réserve des enfants lorsque la loi étrangère applicable l'ignore.

La loi civile détermine qui hérite et combien. La loi fiscale détermine combien de droits sont payés et à quel État.

Distinction fondamentale du droit international des successions
Fiscalité et double imposition

Qui paie des droits en France ? (art. 750 ter CGI)

La France taxe selon le lieu de situation des biens ET la résidence de l'héritier

SituationBiens taxables en FranceFondement
Défunt ET héritier résidents en FranceTous les biens, en France et à l'étranger (patrimoine mondial)Art. 750 ter I, 1°
Défunt résident en France, héritier non-résidentTous les biens, en France et à l'étrangerArt. 750 ter I, 1°
Défunt non-résident, héritier résident en France depuis 6 des 10 dernières annéesTous les biens, en France et à l'étrangerArt. 750 ter I, 2°
Défunt non-résident, héritier non-résident (ou résident < 6/10 ans)Uniquement les biens situés en FranceArt. 750 ter II

La condition de résidence de l'héritier « 6 des 10 dernières années » a été introduite pour éviter la délocalisation fiscale des héritiers. Un héritier qui quitte la France moins de 4 ans avant le décès reste taxable sur le patrimoine mondial.

Principales conventions fiscales en matière de succession

Ces conventions éliminent la double imposition entre la France et le pays concerné

PaysDate de la conventionMécanisme
Allemagne12 octobre 2006Crédit d'impôt. Droit d'imposer lié au lieu de situation des biens.
BelgiqueDénoncée en 2023 (applicable aux décès avant le 01/01/2024)Plus de convention en vigueur. Risque de double imposition.
EspagnePas de convention spécifique successionCrédit d'impôt unilatéral (art. 784 A CGI). Double imposition possible.
États-Unis24 novembre 1978Exonération du bien situé dans un État, crédit d'impôt pour l'autre.
Italie20 décembre 1990Crédit d'impôt. Impôt limité à l'État de situation des biens immobiliers.
Royaume-Uni21 juin 1963Crédit d'impôt. S'applique toujours malgré le Brexit.
SuissePas de convention spécifique successionCrédit d'impôt unilatéral (art. 784 A CGI). Fiscalité suisse cantonale variable.

En l'absence de convention, l'article 784 A du CGI prévoit un crédit d'impôt unilatéral : la France déduit des droits français l'impôt payé à l'étranger sur les mêmes biens. Ce crédit ne peut excéder le montant des droits français.

Le crédit d'impôt unilatéral (art. 784 A CGI)

En l'absence de convention fiscale, la France applique un mécanisme unilatéral pour éviter la double imposition. L'article 784 A du CGI permet de déduire des droits français l'impôt effectivement payé à l'étranger sur les mêmes biens.

Comment ça fonctionne

  1. L'héritier paie les droits de succession dans le pays étranger (sur les biens qui y sont situés)
  2. En France, il déclare l'ensemble des biens (y compris ceux situés à l'étranger, si l'art. 750 ter l'y oblige)
  3. Il déduit des droits français un crédit d'impôt égal au montant des droits payés à l'étranger
  4. Ce crédit est plafonné au montant des droits français correspondant aux mêmes biens

Limite : le crédit ne peut pas excéder les droits français. Si l'impôt étranger est supérieur aux droits français sur le même bien, l'excédent est perdu.

Art. 784 A CGI

Crédit d'impôt unilatéral : les droits acquittés à l'étranger sont imputés sur les droits dus en France, dans la limite de ceux-ci.

Justificatifs nécessaires

L'héritier doit fournir un justificatif de paiement des droits à l'étranger (quittance fiscale, attestation de l'administration étrangère) pour bénéficier du crédit.

Quels biens sont considérés comme « situés en France » ?

Type de bienSitué en France si...
ImmobilierLe bien est physiquement en France (résidence, terrain, local commercial)
Parts de SCI détenant un immeuble françaisL'immeuble est en France (transparence fiscale de la SCI pour les non-résidents)
Comptes bancairesTenus par un établissement situé en France
Valeurs mobilières (actions, obligations)Émises par une société dont le siège est en France
Assurance-vieContrat souscrit auprès d'un assureur établi en France (régime spécifique art. 990 I et 757 B CGI)
Meubles corporelsPhysiquement présents en France (mobilier, véhicules, oeuvres d'art)

L'assurance-vie bénéficie d'un traitement spécifique : elle est « hors succession » en droit civil mais soumise à une fiscalité propre (art. 990 I CGI pour les primes avant 70 ans, art. 757 B pour celles après 70 ans).

Estimez les droits sur votre succession

Patrimoine en France, nombre d'héritiers, liens de parenté. Le simulateur calcule les droits selon le barème français en vigueur.

Les démarches

Le certificat successoral européen (CSE)

Créé par le règlement 650/2012 (art. 62 à 73), le certificat successoral européen prouve la qualité d'héritier, de légataire ou d'exécuteur testamentaire dans tous les États membres appliquant le règlement. Il évite de refaire des démarches de reconnaissance pays par pays.

En France, il est délivré par le notaire chargé de la succession. Il permet de débloquer un compte bancaire, de faire inscrire un bien immobilier au nom de l'héritier ou de justifier ses droits auprès d'une administration étrangère, sans traduction ni procédure locale supplémentaire.

Sa validité est en principe de six mois, renouvelable. Il est reconnu dans les 25 États membres liés par le règlement (tous sauf le Danemark et l'Irlande).

À distinguer de l'acte de notoriété

L'acte de notoriété français établit la dévolution selon le droit français. Le certificat successoral européen a une portée transfrontalière : il fait foi dans les autres États membres. Les deux peuvent coexister dans une même succession. Source : notaires.fr.

Le rôle du notaire dans une succession internationale

Quand un décès survient avec un élément d'extranéité (résidence à l'étranger, biens hors de France, héritiers non-résidents), le notaire reste l'interlocuteur central du règlement. Il établit l'acte de notoriété, identifie les héritiers, détermine la loi applicable et coordonne les démarches avec les autorités des pays concernés.

Un notaire français peut gérer la succession même si le droit étranger s'applique au fond. Il délivre le certificat successoral européen et rédige la déclaration de succession à déposer à l'administration fiscale française pour les biens taxables en France (démarche décrite sur service-public.fr).

Trouver un notaire pour le règlement

Le règlement d'une succession relève de l'office notarial, dont les émoluments sont tarifés par décret. Vous pouvez identifier un notaire, y compris spécialisé en droit international privé, via l'annuaire officiel du notariat : notaires.fr. Pour anticiper une transmission de son vivant (choix de loi, structuration patrimoniale), un conseiller en gestion de patrimoine partenaire peut compléter cette démarche.

Délais et démarches pour une succession internationale

1

Déterminer la loi applicable

Identifier la dernière résidence habituelle du défunt. Vérifier s'il avait exercé une professio juris par testament. Le notaire français peut gérer la succession même si le droit étranger s'applique.

2

Identifier les biens dans chaque pays

Dresser un inventaire pays par pays. Chaque pays taxera les biens qui y sont situés selon ses propres règles. Les comptes bancaires et assurances-vie doivent être déclarés.

3

Déclarer dans les délais

En France : 6 mois si décès en France, 12 mois si décès à l'étranger. Pénalités : 0,20 % par mois de retard après le délai. Possibilité de paiement fractionné ou différé.

4

Appliquer les conventions ou le crédit d'impôt

Vérifier si une convention fiscale bilatérale existe. Si oui, appliquer ses règles (crédit d'impôt ou exonération). Sinon, utiliser le crédit d'impôt unilatéral de l'art. 784 A CGI.

Besoin d'une estimation des droits ?

Le simulateur applique le barème français avec les abattements par lien de parenté. Pour les biens à l'étranger, consultez un notaire spécialisé en droit international.

Cas particuliers

Le cas belge : fin de la convention au 1er janvier 2024

La France a dénoncé la convention fiscale franco-belge en matière de succession le 1er janvier 2023, avec effet au 1er janvier 2024. Les successions ouvertes depuis cette date ne bénéficient plus de la convention.

Conséquence : un Belge possédant un bien immobilier en France paie désormais les droits de succession en France (sur le bien français) ET en Belgique (sur l'ensemble de la succession). Seul le crédit d'impôt unilatéral de l'article 784 A du CGI permet de limiter partiellement la double imposition.

Cette dénonciation a particulièrement touché les frontaliers et les binationaux. Les contrats d'assurance-vie luxembourgeois, très utilisés par les résidents belges, sont également concernés.

Pays hors du règlement européen 650/2012

Au sein de l'Union européenne, deux États n'appliquent pas le règlement : le Danemark et l'Irlande, qui ont exercé un opt-out. Le Royaume-Uni ne l'a jamais adopté et a depuis quitté l'Union. Le règlement s'applique donc dans 25 des 27 États membres.

Pour ces pays, ainsi que pour tous les pays hors UE (États-Unis, Canada, Suisse, pays du Maghreb, etc.), les règles de conflit de lois sont déterminées par le droit international privé de chaque État. Le principe de la lex rei sitae (loi de situation du bien) est souvent retenu pour les immeubles, tandis que la loi du domicile ou de la nationalité s'applique aux meubles.

Les États-Unis appliquent un système dual : chaque État fédéré a ses propres règles successorales (probate law). La convention franco-américaine de 1978 régit la fiscalité, mais la dévolution suit le droit de l'État de situation ou de domicile.

Conseil : anticiper le choix de loi

Si vous résidez hors UE ou dans un pays non membre du règlement 650/2012, rédigez un testament international (convention de La Haye du 5 octobre 1961) en précisant la loi applicable. Consultez un notaire spécialisé en droit international privé. Notre guide complet de la succession couvre les règles générales applicables en France.

Questions fréquentes sur la succession internationale

Les informations présentées sur cette page sont à caractère général et ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Elles sont vérifiées auprès de sources officielles (Code général des impôts, BOFiP, service-public.fr) mais ne sauraient se substituer à l'avis du professionnel adapté à votre situation : un notaire pour les actes (donation, testament, règlement de succession), un conseiller en gestion de patrimoine pour une stratégie d'anticipation, un avocat fiscaliste en cas de contentieux. Données fiscales en vigueur au 1er janvier 2026.