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Quelle fiscalité pour l'usufruit temporaire ?

En bref

L'usufruit temporaire est évalué à 23 % de la valeur en pleine propriété par tranche de 10 ans de durée restante, conformément à l'article 669 II du CGI. Sa fiscalité diffère significativement de l'usufruit viager : la valorisation est fixe et ne dépend pas de l'âge de l'usufruitier, ce qui en fait un outil de planification fiscale particulièrement prévisible.

Valorisation de l'usufruit temporaire (art. 669 II CGI)

Valeur de l'usufruit

Jusqu'à 10 ans
23 %
De 10 à 20 ans
46 %
De 20 à 30 ans
69 %

Valeur de la nue-propriété

Jusqu'à 10 ans
77 %
De 10 à 20 ans
54 %
De 20 à 30 ans
31 %

Source : article 669 II du CGI. Toute fraction de tranche est comptée pour une tranche entière.

Mis à jour le 28 mai 2026 - 7 min de lecture

Définition de l'usufruit temporaire

L'usufruit temporaire est un droit d'usage et de jouissance constitué pour une durée déterminée, par opposition à l'usufruit viager qui s'éteint au décès de son titulaire. Il confère à l'usufruitier le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les revenus pendant la durée convenue, après quoi le nu-propriétaire retrouve la pleine propriété.

La durée maximale de l'usufruit temporaire est de 30 ans lorsqu'il est constitué au profit d'une personne morale (société, association). Pour une personne physique, il n'y a pas de durée maximale légale, mais l'usufruit s'éteint au plus tard au décès de l'usufruitier.

Valorisation fiscale : 23 % par tranche de 10 ans

L'article 669 II du CGI prévoit un barème spécifique pour la valorisation de l'usufruit temporaire :

  • L'usufruit est évalué à 23 % de la valeur en pleine propriété pour chaque tranche de 10 ans de durée restante
  • Toute fraction de tranche est comptée pour une tranche entière
  • La nue-propriété vaut le complément à 100 %

Ce barème s'applique indépendamment de l'âge de l'usufruitier, contrairement au barème viager de l'article 669 I.

Exemples de valorisation

Pour un bien d'une valeur en pleine propriété de 500 000 € :

Usufruit temporaire de 5 ans (1 tranche)

  • Usufruit : 23 % x 500 000 = 115 000 €
  • Nue-propriété : 77 % x 500 000 = 385 000 €

Usufruit temporaire de 15 ans (2 tranches)

  • Usufruit : 46 % x 500 000 = 230 000 €
  • Nue-propriété : 54 % x 500 000 = 270 000 €

Usufruit temporaire de 25 ans (3 tranches)

  • Usufruit : 69 % x 500 000 = 345 000 €
  • Nue-propriété : 31 % x 500 000 = 155 000 €

Différences entre usufruit viager et temporaire

Les deux types d'usufruit obéissent à des logiques fiscales distinctes :

  • Usufruit viager (art. 669 I) : valorisation selon l'âge de l'usufruitier au jour de la transmission (de 10 % à 90 %)
  • Usufruit temporaire (art. 669 II) : valorisation fixe à 23 % par tranche de 10 ans, indépendante de l'âge

Cette différence est fondamentale pour la stratégie patrimoniale : l'usufruit temporaire offre une prévisibilité totale quant à sa valorisation fiscale, alors que l'usufruit viager varie avec l'âge du donateur.

Applications patrimoniales

Donation temporaire d'usufruit

La donation temporaire d'usufruit consiste à donner l'usufruit d'un bien pour une durée déterminée (10, 15, 20 ans...). L'application principale est la donation d'usufruit au profit d'un enfant :

  • Le parent conserve la nue-propriété
  • L'enfant perçoit les revenus du bien pendant la durée convenue (loyers, dividendes)
  • La fiscalité porte sur la seule valeur de l'usufruit temporaire (23 % par tranche de 10 ans)
  • À l'expiration, le parent retrouve la pleine propriété sans formalité

IFI : un levier d'anticipation

L'usufruit temporaire a un impact direct sur l'IFI (impôt sur la fortune immobilière). L'usufruitier temporaire déclare le bien à sa valeur en pleine propriété dans son patrimoine IFI. Le nu-propriétaire ne déclare rien.

Donner temporairement l'usufruit d'un bien immobilier à un enfant majeur (non assujetti à l'IFI) permet au donateur de sortir le bien de son assiette IFI pendant la durée de l'usufruit.

Cession d'usufruit temporaire de parts de SCI

La cession d'un usufruit temporaire de parts de SCI à un enfant permet de lui transmettre les revenus fonciers générés par la société pendant une durée déterminée. La valorisation à 23 % par tranche de 10 ans rend cette opération fiscalement prévisible.

Précautions et risques

  • Abus de droit : l'administration fiscale peut requalifier une donation temporaire d'usufruit en abus de droit si l'opération est dépourvue de toute substance économique (enfant redonant immédiatement les revenus au parent, par exemple). La jurisprudence du Comité de l'abus de droit fiscal exige que la donation soit réelle et effective.
  • Revenus fonciers : l'usufruitier temporaire est imposé sur les revenus fonciers qu'il perçoit. Si l'enfant est dans une tranche marginale élevée, l'avantage fiscal peut être réduit.
  • Charges de l'usufruit : l'usufruitier supporte les charges courantes et les réparations d'entretien (article 605 du Code civil). Il faut s'assurer que le bénéficiaire a les moyens de les assumer.

Fiscalité de la cession d'usufruit temporaire

La cession à titre onéreux d'un usufruit temporaire est soumise à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus fonciers (et non des plus-values immobilières) lorsqu'elle porte sur un immeuble ou des parts de SCI. Le produit de la cession est imposé au barème progressif de l'IR, majoré des prélèvements sociaux.

Cette règle, issue de l'article 13-5 du CGI, a été validée par le Conseil constitutionnel. Elle réduit l'intérêt des cessions d'usufruit temporaire à titre onéreux par rapport aux donations.

Risque de requalification fiscale

L'administration fiscale surveille les donations temporaires d'usufruit, notamment celles effectuées à des enfants majeurs dans un but principalement fiscal (sortie d'IFI). La donation doit être réelle et effective : l'enfant doit percevoir et conserver les revenus. Tout montage circulaire peut être sanctionné comme abus de droit.

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Questions fréquentes