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En France, le conjoint survivant est l'héritier le mieux protégé par la loi. Pourtant, la majorité des époux ignorent l'étendue réelle de leurs droits. Résultat : des milliers de veufs et veuves ne réclament pas ce qui leur revient, faute de connaître les textes. Voici les cinq droits que vous devez absolument connaître.
C'est probablement le droit le plus méconnu. L'article 763 du Code civil prévoit que le conjoint survivant bénéficie automatiquement, pendant un an à compter du décès, de la jouissance gratuite du logement familial et du mobilier qui le garnit.
Ce droit est d'ordre public : aucun testament, aucune clause ne peut le supprimer. Il s'applique de plein droit, sans aucune démarche à effectuer. Le conjoint n'a rien à demander, rien à signer. Il reste chez lui, gratuitement, pendant douze mois.
Point crucial : ce droit n'est pas un droit successoral. Il est considéré comme un effet direct du mariage. Il ne s'impute donc pas sur la part d'héritage du conjoint. C'est un bonus, pas un acompte.
Si le logement était loué, la succession rembourse les loyers au conjoint pendant cette année. Si le bien appartenait partiellement au défunt (indivision), l'indemnité d'occupation est également prise en charge.
Au-delà de la première année, le conjoint survivant peut demander à bénéficier d'un droit viager d'habitation et d'usage sur le logement familial, prévu par l'article 764 du Code civil. Ce droit permet de rester dans la résidence principale jusqu'à la fin de sa vie.
Attention, contrairement au droit temporaire, celui-ci n'est pas automatique. Le conjoint doit en faire la demande dans un délai d'un an à compter du décès. Passé ce délai, le droit est perdu définitivement.
La valeur de ce droit viager s'impute sur la part successorale du conjoint. Si la valeur du droit viager dépasse la part d'héritage, le conjoint n'a toutefois pas de compensation à verser aux autres héritiers. C'est un filet de sécurité pensé pour protéger le cadre de vie du survivant, même face à des héritiers qui souhaiteraient vendre.
Ce droit peut être écarté par testament authentique, mais uniquement par le défunt lui-même de son vivant. Les enfants ne peuvent pas s'y opposer unilatéralement.
Depuis la loi TEPA du 21 août 2007, le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession (art. 796-0 bis du CGI). Il ne paie aucun impôt sur ce qu'il hérite, quel que soit le montant.
Cette exonération est absolue : pas de plafond, pas de condition de durée de mariage, pas de condition d'âge. Que le conjoint hérite de 50 000 € ou de 5 000 000 €, les droits sont de zéro.
C'est une différence fondamentale avec les enfants, qui bénéficient d'un abattement de 100 000 € chacun puis paient des droits selon un barème progressif pouvant atteindre 45 %. Le conjoint, lui, est hors barème. C'est un avantage fiscal considérable que beaucoup de couples sous-estiment dans leur planification successorale.
Le partenaire de PACS bénéficie de la même exonération. En revanche, le concubin n'a aucun droit successoral et paie 60 % de droits s'il est désigné par testament.
L'assurance-vie est déjà un outil fiscal privilégié pour la transmission. Mais pour le conjoint survivant, l'avantage est total : il est intégralement exonéré des prélèvements sur les capitaux décès, que les primes aient été versées avant ou après 70 ans.
Concrètement, que le contrat relève de l'article 990 I du CGI (primes versées avant 70 ans) ou de l'article 757 B (primes versées après 70 ans), le conjoint ne paie rien. L'abattement de 152 500 € par bénéficiaire prévu à l'article 990 I, ou celui de 30 500 € global prévu à l'article 757 B, ne le concerne même pas : il est exonéré avant même que ces seuils ne s'appliquent.
C'est pourquoi désigner son conjoint comme bénéficiaire d'un contrat d'assurance-vie est parfois contre-productif. Le conjoint étant déjà exonéré en succession classique, il peut être plus judicieux de désigner les enfants comme bénéficiaires pour qu'ils profitent de l'abattement de 152 500 € chacun, et de laisser au conjoint sa part successorale (exonérée quoi qu'il arrive).
La pension de réversion permet au conjoint survivant de percevoir une fraction de la retraite que touchait (ou aurait touché) le défunt. Ce droit est réservé aux conjoints mariés - le PACS et le concubinage n'y ouvrent pas droit.
Les taux varient selon les régimes :
Attention : la pension de réversion n'est jamais versée automatiquement. Il faut en faire la demande, idéalement via le portail info-retraite.fr. Le conjoint divorcé peut aussi en bénéficier, au prorata de la durée du mariage. Si le défunt a eu plusieurs conjoints, la réversion est partagée entre eux.
Au-delà de ces droits spécifiques, il faut connaître la part d'héritage légale du conjoint. Elle dépend de la situation familiale (art. 757 du Code civil) :
Une donation au dernier vivant peut améliorer ces droits. Elle permet notamment, en présence d'enfants, de cumuler l'usufruit de la totalité avec 1/4 en pleine propriété.
Tous ces droits - sauf la pension de réversion - sont réservés au conjoint marié. Le partenaire de PACS bénéficie de l'exonération fiscale mais pas du droit viager au logement ni de la qualité d'héritier légal. Le concubin n'a strictement aucun droit successoral.
Le second piège est le délai. Le droit viager au logement se perd si la demande n'est pas faite dans l'année. La pension de réversion nécessite une démarche active. L'assurance-vie suppose une clause bénéficiaire bien rédigée. Dans le deuil, ces échéances passent vite.
Notre recommandation : simulez votre succession dès maintenant pour connaître précisément les droits de votre conjoint et identifier les actions à anticiper avant qu'il ne soit trop tard.
Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en gestion de patrimoine. Pour toute décision, consultez le professionnel adapté : un notaire pour les actes (donation, testament, règlement de succession), un conseiller en gestion de patrimoine pour une stratégie de transmission globale, un avocat fiscaliste pour une situation contentieuse.
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