IFI et transmission : comment réduire les deux
Démembrement, assurance-vie, SCI familiale : certaines stratégies de transmission réduisent aussi votre IFI. Comprendre les synergies pour arbitrer efficacement.
Êtes-vous concerné par l'IFI ?
Rappel : qui est concerné par l'IFI ?
L'impôt sur la fortune immobilière (IFI) a remplacé l'ISF en 2018. Il concerne uniquement le patrimoine immobilier, direct ou indirect, et s'applique selon les règles suivantes :
- Seuil d'imposition : patrimoine immobilier net taxable supérieur à 1 300 000 € au 1er janvier de l'année
- Base taxable : biens immobiliers détenus directement (résidences, locatif, terrains) ou indirectement (parts de SCI, SCPI, OPCI)
- Barème progressif : de 0,50 % à 1,50 % selon 5 tranches
- Résidence principale : abattement automatique de 30 % sur la valeur vénale
- Biens professionnels : exonérés sous conditions (activité principale, seuils de chiffre d'affaires et de rémunération)
Patrimoine immobilier uniquement
Votre stratégie de transmission peut avoir un impact direct sur votre IFI. Certains montages patrimoniaux permettent de réduire ces deux charges à la fois : réduire la facture fiscale annuelle tout en organisant la transmission du patrimoine dans des conditions avantageuses.
Barème de l'IFI 2026 par tranche
| Fraction du patrimoine net taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 800 000 € | 0 % |
| De 800 001 € à 1 300 000 € | 0,50 % |
| De 1 300 001 € à 2 570 000 € | 0,70 % |
| De 2 570 001 € à 5 000 000 € | 1 % |
| De 5 000 001 € à 10 000 000 € | 1,25 % |
| Au-delà de 10 000 000 € | 1,50 % |
Vous devenez redevable de l'IFI si votre patrimoine immobilier net dépasse 1 300 000 € au 1er janvier, mais le barème s'applique alors dès 800 000 €. Une décote atténue l'entrée dans l'impôt pour les patrimoines compris entre 1 300 000 € et 1 400 000 € : elle est égale à 17 500 € moins 1,25 % de la valeur nette taxable. Barème inchangé depuis 2018 (art. 977 du CGI).
Démembrement et IFI : l'usufruitier reste imposable
L'article 968 du CGI pose une règle contre-intuitive : en cas de démembrement, c'est l'usufruitier qui déclare la valeur en pleine propriété du bien à l'IFI. Le nu-propriétaire, lui, n'a rien à déclarer.
Conséquence directe : si vous donnez la nue-propriété d'un bien à vos enfants tout en conservant l'usufruit, vous restez l'usufruitier. Vous continuez donc à déclarer 100 % de la valeur du bien à votre IFI. Contrairement à une idée très répandue, cette donation ne réduit pas votre IFI tant que vous gardez l'usufruit.
- Pour l'IFI : aucun effet immédiat. Le bien reste dans votre assiette pour sa pleine valeur. Il n'en sort qu'à l'extinction de l'usufruit, en principe à votre décès.
- Pour la transmission : l'avantage est réel. Vous transmettez la nue-propriété, valorisée selon le barème de l'article 669 du CGI (en fonction de votre âge), tout en conservant l'usage ou les revenus du bien.
Exemple chiffré
Christine, 60 ans, possède un appartement locatif de 600 000 € soumis à l'IFI. Elle donne la nue-propriété à ses enfants et conserve l'usufruit (elle continue de percevoir les loyers).
- Nue-propriété transmise : 50 % (barème art. 669 I du CGI, usufruitier de 51 à 60 ans) = 300 000 € transmis aux enfants au titre de la nue-propriété
- Impact IFI : les 600 000 € restent dans son assiette IFI. En tant qu'usufruitière, Christine déclare toujours leur pleine valeur (art. 968 du CGI)
- Droits de donation : après abattement de 100 000 € par enfant, seuls 100 000 € sont taxés au total (deux enfants, soit 50 000 € chacun)
Pour faire baisser votre IFI dès aujourd'hui, deux leviers existent : donner le bien en pleine propriété (vous n'en êtes plus propriétaire, il sort de l'assiette) ou arbitrer la poche immobilière de vos contrats vers des supports financiers. Le démembrement, lui, organise la transmission à moindre coût mais diffère l'effet IFI jusqu'au décès.
Exception : lorsque le démembrement résulte d'une succession (usufruit légal du conjoint survivant, art. 757 du Code civil), l'usufruitier et le nu-propriétaire déclarent chacun la valeur de leur droit selon le barème de l'article 669 du CGI. Ce démembrement subi est donc plus favorable à l'IFI que le démembrement volontaire.
La donation d'un bien immobilier passe obligatoirement par un acte notarié : le notaire authentifie l'acte et liquide les droits. Pour arbitrer en amont le bien à démembrer et le calendrier, un conseiller en gestion de patrimoine peut construire la stratégie d'ensemble.

Démembrement subi vs volontaire : qui déclare quoi à l'IFI ?
La règle dépend de l'origine du démembrement :
- Démembrement volontaire (donation de la nue-propriété) : l'usufruitier déclare la valeur en pleine propriété dans son patrimoine IFI. Le nu-propriétaire ne déclare rien. C'est la règle par défaut (art. 968 CGI).
- Démembrement subi (succession - conjoint survivant optant pour l'usufruit) : chacun déclare la valeur de son droit propre selon le barème de l'art. 669 CGI. L'usufruitier déclare la valeur de l'usufruit, le nu-propriétaire déclare la nue-propriété. Exception importante qui réduit significativement l'IFI du conjoint survivant.
Plafonnement de l'IFI
Le total IFI + impôts sur le revenu ne peut excéder 75 % des revenus de l'année précédente (art. 979 CGI). Si ce seuil est dépassé, l'excédent réduit l'IFI dû. Ce plafonnement est réservé aux résidents fiscaux français.
Stratégie : le démembrement issu d'une donation (volontaire) est moins favorable à l'IFI que le démembrement issu d'une succession (subi). À intégrer dans la réflexion globale de transmission.
Quel impact du démembrement sur votre situation ?
Calculez la valeur de la nue-propriété et de l'usufruit selon votre âge. Barème officiel de l'article 669 du CGI.
Assurance-vie et IFI
L'assurance-vie est soumise à l'IFI selon des règles spécifiques définies par l'article 972 du CGI. Le principe général : les contrats d'assurance-vie rachetables entrent dans l'assiette de l'IFI, mais seule la fraction investie en immobilier est effectivement taxable.
Ce qui est taxable à l'IFI
Seuls les supports immobiliers sont pris en compte :
- Unités de compte investies en SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier)
- Unités de compte investies en OPCI (Organismes de Placement Collectif Immobilier)
- Unités de compte investies en SCI
Ce qui est exonéré d'IFI
- Le fonds en euros (support garanti en capital)
- Les unités de compte actions, obligations, fonds monétaires
- Tout support non immobilier
Stratégie : arbitrer pour réduire l'IFI
Si vous êtes redevable de l'IFI et que votre contrat d'assurance-vie comporte une part importante d'UC immobilières, vous pouvez effectuer des arbitrages vers des supports financiers (actions, obligations). Cette opération réduit votre base IFI sans sortir de l'enveloppe fiscale de l'assurance-vie : les arbitrages internes au contrat ne génèrent aucune fiscalité.
IFI et transmission de l'assurance-vie
L'assurance-vie reste hors succession en vertu de l'article L132-12 du Code des assurances, indépendamment du traitement IFI. Autrement dit :
- De votre vivant : la fraction immobilière du contrat entre dans votre base IFI
- Au décès : les capitaux transmis via la clause bénéficiaire échappent aux droits de succession (taxation spécifique selon l'âge et les montants)
La synergie est donc indirecte : l'assurance-vie est un excellent outil de transmission, mais pour réduire l'IFI de votre vivant, il faut surveiller la composition du contrat et privilégier les supports financiers si vous êtes imposable.
Consulter le guide complet sur la fiscalité de l'assurance-vie
SCI et patrimoine immobilier
Détenir un bien via une SCI offre des leviers de transmission (décote, démembrement des parts), mais n'échappe pas à l'IFI. Voici les règles d'évaluation et les stratégies croisées.

SCI et IFI
La détention d'un bien immobilier via une SCI (Société Civile Immobilière) ne permet pas d'échapper à l'IFI. Les parts de SCI détenant de l'immobilier entrent dans l'assiette de l'IFI, et leur valorisation suit des règles précises.
Évaluation des parts de SCI à l'IFI
Les parts de SCI doivent être déclarées à l'IFI pour leur valeur vénale réelle, c'est-à-dire la valeur qui pourrait être obtenue en cas de cession dans des conditions normales de marché. En pratique :
- On reconstitue l'actif net réévalué de la SCI (valeur réelle des biens immobiliers détenus, moins les dettes)
- On applique une décote pour tenir compte de l'absence de liquidité des parts (généralement 10 % à 30 % selon la situation)
- La valeur comptable des parts (capital social) n'est pas pertinente pour l'IFI
Décote et cohérence avec la transmission
La décote appliquée pour l'évaluation IFI doit être cohérente avec celle utilisée en cas de donation ou de succession. Si vous donnez des parts de SCI, l'administration fiscale vérifiera que la valorisation déclarée pour les droits de donation correspond à la valeur déclarée à l'IFI (corrigée de l'évolution du marché entre les deux dates).
Exemple pratique
Une SCI détient un immeuble de rapport de 1 200 000 €, avec un emprunt de 300 000 €. L'actif net réévalué est de 900 000 €. Vous détenez 50 % des parts, soit 450 000 € avant décote.
- Décote de 20 % (illiquidité, risque, contraintes de gestion collective) = valeur IFI de vos parts : 360 000 €
- Si vous donnez vos parts à vos enfants, vous déclarez 360 000 € (valeur vénale après décote)
- Après la donation, ces 360 000 € sortent de votre base IFI
Démembrement des parts de SCI
Vous pouvez également donner la nue-propriété des parts de SCI et conserver l'usufruit. Dans ce cas :
- L'usufruitier (vous) déclare la valeur des parts en pleine propriété à l'IFI (comme pour un bien en direct)
- Le nu-propriétaire (donataire) ne déclare rien à l'IFI
- La donation porte sur la valeur de la nue-propriété calculée selon le barème de l'article 669 du CGI
Attention : le démembrement de parts de SCI ne fait pas sortir le bien de votre base IFI tant que vous conservez l'usufruit. En revanche, il organise la transmission à coût fiscal réduit et le bien sortira définitivement de votre IFI à votre décès (extinction de l'usufruit).
Récapitulatif : impact IFI par stratégie
| Stratégie | Impact IFI | Impact transmission | Synergie |
|---|---|---|---|
| Donation nue-propriété (usufruit conservé) | Reste imposable (art. 968), sort au décès | Transmission à coût réduit (art. 669) | Transmission forte, IFI différé |
| AV en UC financières | Exonéré d'IFI | Hors succession (art. L132-12) | Forte |
| AV en UC immobilières | Inclus dans l'assiette IFI | Hors succession | Faible |
| SCI + donation de parts en pleine propriété | Parts données sortent de l'IFI | Décote 10-30 % + démembrement possible | Forte |
| Don en pleine propriété | Bien sort de la base IFI | Transmission immédiate (abattements) | Moyenne |
L'IFI frappe l'usufruitier sur la pleine valeur du bien (art. 968 du CGI). Donner la seule nue-propriété en conservant l'usufruit ne réduit donc pas votre IFI avant l'extinction de l'usufruit. Seule la donation en pleine propriété fait sortir le bien immédiatement.
Sources officielles
- Code général des impôts, articles 964 à 983 (Impôt sur la fortune immobilière) - Légifrance (article 964)
- Code général des impôts, article 968 (Démembrement de propriété et IFI) - Légifrance
- Code général des impôts, article 972 (Contrats d'assurance-vie et IFI) - Légifrance
- Bulletin officiel des finances publiques, BOI-PAT-IFI (Doctrine administrative relative à l'impôt sur la fortune immobilière) - BOFiP
Les informations présentées sur cette page sont à caractère général et ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Elles sont vérifiées auprès de sources officielles (Code général des impôts, BOFiP, service-public.fr) mais ne sauraient se substituer à l'avis du professionnel adapté à votre situation : un notaire pour les actes (donation, testament, règlement de succession), un conseiller en gestion de patrimoine pour une stratégie d'anticipation, un avocat fiscaliste en cas de contentieux. Données fiscales en vigueur au 1er janvier 2026.