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Vous héritez d'un bien immobilier : que faire ?

Droits de succession jusqu'à 45 %, droit de partage de 2,50 %, risque d'indivision entre héritiers : hériter d'un bien immobilier pose des questions concrètes. Ce guide vous donne les réponses, les chiffres et les stratégies pour chaque situation.

SourcesCode civil (art. 815-832)Art. 777 et 746 CGIArt. 150 VB II CGIService-public.fr
Mis à jour le 2 avril 2026

45 %

Taux maximum des droits de succession

2,50 %

Droit de partage sur l'actif net partagé

100 000 EUR

Abattement par enfant en ligne directe

22 ans

Exonération plus-value IR à la revente

Cas concret : une maison de 350 000 EUR héritée par 2 enfants

Votre mère décède. Elle possédait une maison estimée à 350 000 EUR. Vous héritez avec votre frère, à parts égales. Chacun reçoit 175 000 EUR. Après application de l'abattement de 100 000 EUR par enfant (art. 779 CGI), chacun est taxé sur 75 000 EUR. Les droits de succession s'élèvent à environ 9 194 EUR par héritier (barème progressif art. 777 CGI : 5 % à 20 %). S'ajoutent les frais de notaire : attestation de propriété immobilière (~2 800 EUR), déclaration de succession (~1 600 EUR) et, si vous sortez de l'indivision, le droit de partage de 2,50 % soit ~8 750 EUR. Total estimé pour les 2 héritiers : environ 32 000 EUR de frais et droits combinés, soit 9 % de la valeur du bien.

~32 000 EUR

Coût total estimé pour 2 héritiers sur un bien de 350 000 EUR

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L'indivision : le piège le plus fréquent

Quand plusieurs héritiers reçoivent un bien immobilier, ils se retrouvent automatiquement en indivision : ils sont tous propriétaires ensemble, sans que personne ne puisse décider seul. Cette situation, souvent subie, génère des blocages.

Règles de l'indivision successorale

RègleArticleConséquence pratique
Nul ne peut être contraint de rester dans l'indivisionArt. 815 CCTout héritier peut demander le partage à tout moment, même contre la volonté des autres
Actes d'administration à la majorité des 2/3Art. 815-3 CCTravaux d'entretien, mise en location : pas besoin de l'unanimité
Vente autorisée par le tribunal à la demande des 2/3Art. 815-5-1 CCLes héritiers minoritaires peuvent être contraints de vendre
Indemnité d'occupationArt. 815-9 CCL'héritier qui habite seul le bien doit indemniser les autres
Droit de partage à 2,50 %Art. 746 CGITaxe de 2,50 % sur l'actif net pour sortir de l'indivision (attention : le taux de 1,10 % ne s'applique qu'au divorce)

Le conjoint survivant bénéficie d'un droit au logement temporaire de 1 an (art. 763 CC) puis éventuellement viager (art. 764 CC), qui priment sur les demandes de partage.

Le sursis au partage ne dure que 2 ans

Le tribunal peut accorder un sursis au partage de 2 ans maximum (art. 820 CC), renouvelable une fois. Au-delà, aucun mécanisme ne peut empêcher un héritier de forcer la vente du bien.

L'héritier qui habite seul le bien doit indemniser les autres

Art. 815-9 du Code civil

Les frais de notaire sur une succession immobilière

Les frais de notaire en succession immobilière se décomposent en 3 postes distincts, chacun calculé sur des barèmes progressifs (arrêté en vigueur 2024-2026).

Barème de l'attestation immobilière (art. A444-63)

TrancheTaux HT
0 à 6 500 EUR1,935 %
6 500 à 17 000 EUR1,064 %
17 000 à 30 000 EUR0,726 %
Plus de 30 000 EUR0,532 %

L'attestation immobilière est obligatoire dès qu'un bien immobilier figure dans la succession. Le notaire peut accorder une remise jusqu'à 20 % sur les actifs dépassant 100 000 EUR.

Barème de la déclaration de succession (art. A444-69)

TrancheTaux HT
0 à 6 500 EUR1,548 %
6 500 à 17 000 EUR0,851 %
17 000 à 30 000 EUR0,580 %
Plus de 30 000 EUR0,426 %

Calculée sur l'actif brut total de la succession, pas uniquement sur la valeur du bien immobilier.

À ces frais s'ajoutent les droits de succession

Les émoluments du notaire (attestation + déclaration) représentent environ 1 à 2 % de la valeur du bien. Les droits de succession, eux, dépendent du lien de parenté et peuvent atteindre 45 % en ligne directe ou 60 % pour un non-parent (art. 777 CGI).

4 stratégies pour conserver la maison familiale

L'indivision est rarement une solution durable. Pour que le bien reste dans la famille sans conflit, il faut anticiper - idéalement du vivant du propriétaire.

Donation-partage vs démembrement

Donation-partage

Principe
Le propriétaire attribue le bien à un enfant, qui verse une soulte aux autres
Avantage clé
Valeurs figées au jour de l'acte (pas de réévaluation au décès)
Abattement applicable
100 000 EUR par enfant par parent, renouvelable tous les 15 ans
Frais de notaire
Émoluments donation : 4,837 % (première tranche), dégressif
Inconvénient principal
Irrévocable : le donateur ne peut pas récupérer le bien
En savoir plus
Guide donation-partage

Démembrement

Principe
Le propriétaire transmet la nue-propriété et conserve l'usufruit (droit d'habiter)
Avantage clé
Reconstitution de la pleine propriété au décès sans droits supplémentaires
Abattement applicable
100 000 EUR par enfant, appliqué sur la valeur de la nue-propriété (réduite selon l'âge, art. 669 I CGI)
Frais de notaire
Même barème que la donation, mais assiette réduite (nue-propriété)
Inconvénient principal
L'usufruitier assume les charges d'entretien (art. 605 CC)
En savoir plus
Guide démembrement

Ces deux stratégies peuvent se combiner : donation-partage avec réserve d'usufruit au profit du donateur.

La SCI familiale : gérer sans unanimité

La SCI familiale remplace l'indivision par une structure sociétaire. Le bien immobilier est apporté à la SCI, et les héritiers détiennent des parts sociales. Avantage principal : les décisions sont prises selon les statuts (majorité simple ou qualifiée), pas à l'unanimité. Un gérant désigné gère le bien au quotidien. La transmission progressive des parts permet d'utiliser les abattements de 100 000 EUR par enfant par parent tous les 15 ans, avec une décote de 10 à 15 % pour illiquidité des parts (admise par l'administration fiscale). Le démembrement des parts (usufruit au parent, nue-propriété aux enfants) combine les avantages de la SCI et du démembrement.

Coût et formalisme

Création d'une SCI : 1 500 à 3 000 EUR. Obligations comptables annuelles. À réserver aux patrimoines significatifs ou aux situations d'indivision conflictuelle.

SCI familiale

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Quelle stratégie pour votre situation ?

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Vendre un bien hérité : quelle plus-value ?

Si vous vendez le bien hérité plus cher que sa valeur déclarée dans la succession, la différence est une plus-value immobilière taxée à 36,2 % (19 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux). Mais deux mécanismes réduisent considérablement cette taxe.

Abattements pour durée de détention (depuis le décès)

PériodeAbattement IR (19 %)Abattement PS (17,2 %)
Années 1 à 50 %0 %
Années 6 à 216 % par an1,65 % par an
22e année4 %1,60 %
Années 23 à 30Exonération totale9 % par an
Après 30 ansExonération totaleExonération totale

Le point de départ est la date du décès, pas la date d'achat du bien par le défunt (art. 150 VB II CGI). Surtaxe de 2 % à 6 % si la plus-value nette imposable dépasse 50 000 EUR.

Résidence principale : exonération totale

Si vous faites du bien hérité votre résidence principale avant de le vendre, la plus-value est totalement exonérée, sans condition de durée (art. 150 U II 1° CGI). C'est la stratégie la plus efficace pour vendre sans payer de plus-value.

Le prix de référence est la valeur déclarée dans la succession, pas le prix d'achat initial

Art. 150 VB II du Code général des impôts

Le droit au logement du conjoint survivant

Le conjoint survivant bénéficie de deux protections sur le logement familial, qui priment sur les demandes de partage des autres héritiers. Le droit temporaire au logement (art. 763 CC) lui garantit 1 an de jouissance gratuite du logement et du mobilier. Ce droit est d'ordre public : aucun testament ne peut le supprimer. Le droit viager au logement (art. 764 CC) lui permet de rester à vie dans le logement, s'il en fait la demande dans l'année suivant le décès. Ce droit viager peut être écarté uniquement par un testament authentique (devant notaire). La donation au dernier vivant (art. 1094-1 CC) renforce encore la protection : le conjoint peut choisir l'usufruit total de la succession, garantissant le droit d'habiter le logement et de percevoir les revenus de tous les biens, à vie.

Art. 763 et 764 du Code civil

Droit temporaire (1 an, ordre public) + droit viager (à vie, écartable par testament authentique uniquement).

Conjoint survivant

Droits du conjoint survivant en détail

Les 5 étapes clés d'une succession immobilière

1

Estimation du bien

Faire estimer le bien par un notaire ou un expert immobilier. Cette valeur servira de base pour les droits de succession ET pour le calcul de la plus-value en cas de vente future.

2

Déclaration de succession

Déposer la déclaration dans les 6 mois suivant le décès (12 mois si décès hors France). Pénalité de 0,20 % par mois de retard à partir du 7e mois (art. 1727 CGI).

3

Attestation de propriété immobilière

Acte notarié obligatoire qui constate le transfert de propriété aux héritiers. Publié au service de publicité foncière.

4

Gestion de l'indivision ou partage

Si plusieurs héritiers : convention d'indivision (max 5 ans renouvelable) ou partage amiable. En cas de désaccord : partage judiciaire.

5

Vente ou conservation

Si vente : droit de partage de 2,50 % + éventuelle plus-value. Si conservation : envisager une SCI ou un démembrement pour éviter l'indivision future.

5 erreurs fréquentes en succession immobilière

Sous-estimer le bien dans la déclaration

Tentation fréquente pour réduire les droits. Mais l'administration fiscale dispose de 3 ans pour contrôler (art. L180 LPF) et appliquer un redressement avec pénalités de 40 % en cas de sous-évaluation délibérée. De plus, une valeur basse augmente la plus-value en cas de vente future.

Rester en indivision "par défaut"

L'indivision n'est pas une solution de gestion, c'est un état temporaire. Sans convention ou sortie organisée, les décisions sont bloquées et les conflits s'enveniment. Un héritier mécontent peut forcer la vente à tout moment (art. 815 CC).

Oublier l'indemnité d'occupation

L'héritier qui occupe seul le bien doit une indemnité d'occupation aux co-indivisaires (art. 815-9 CC). Ne pas la prévoir génère des arriérés et des conflits.

Confondre droit de partage 1,10 % et 2,50 %

Le taux réduit de 1,10 % ne concerne que les partages après divorce ou rupture de PACS (art. 746 CGI). Pour les successions, le taux reste de 2,50 %. Budget à prévoir si les héritiers souhaitent sortir de l'indivision.

Vendre trop vite après le décès

Si vous vendez dans les 5 premières années, aucun abattement pour durée de détention ne s'applique. Attendre 6 ans après le décès ouvre droit à 6 % d'abattement IR par an. Sauf si le bien devient votre résidence principale (exonération totale immédiate).

Questions fréquentes sur l'héritage immobilier

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Les informations présentées sur cette page sont à caractère général et ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Elles sont vérifiées auprès de sources officielles (Code général des impôts, BOFiP, service-public.fr) mais ne sauraient se substituer à l'avis d'un notaire ou d'un conseiller en gestion de patrimoine pour votre situation particulière. Données fiscales en vigueur au 1er janvier 2026.