L'usufruit, c'est quoi exactement ?
L'usufruit est le droit d'utiliser un bien et d'en percevoir les revenus sans en être propriétaire (art. 578 du Code civil). Sur une maison : l'usufruitier y habite ou la loue et encaisse les loyers ; le nu-propriétaire la possède, sans pouvoir s'en servir. Les deux droits réunis forment la pleine propriété.
Le principe en une phrase
Être propriétaire, c'est trois droits. L'usufruit en prend deux
Le droit de propriété se décompose en trois prérogatives : utiliser le bien, en percevoir les revenus, et en disposer(le vendre, le donner, le léguer). Démembrer la propriété, c'est confier les deux premières à l'usufruitier et la troisième au nu-propriétaire. Personne ne détient plus le bien en entier : chacun détient un droit réel, opposable à l'autre.
C'est pour cette raison qu'un parent peut donner sa maison à ses enfants et continuer à y vivre jusqu'à sa mort : il a donné la nue-propriété et gardé l'usufruit. Les enfants sont propriétaires sur le papier, mais ils ne peuvent ni entrer dans les lieux ni louer la maison tant que leur parent est en vie.
Qui peut faire quoi sur un bien démembré
Répartition des prérogatives du droit de propriété entre les deux titulaires
Usufruitier
- Habiter le bien
- Oui
- Le louer et encaisser les loyers
- Oui
- Vendre son propre droit, seul
- Oui, sans l'accord du nu-propriétaire (art. 595)
- Vendre le bien en pleine propriété
- Seulement avec l'accord du nu-propriétaire
- Changer la destination du bien
- Non
- Consentir un bail rural, commercial, artisanal ou industriel
- Seulement avec l'accord du nu-propriétaire
Nu-propriétaire
- Habiter le bien
- Non, tant que l'usufruit dure
- Le louer et encaisser les loyers
- Non
- Vendre son propre droit, seul
- Oui, sans l'accord de l'usufruitier (art. 621)
- Vendre le bien en pleine propriété
- Seulement avec l'accord de l'usufruitier
- Changer la destination du bien
- Non, il n'a pas l'usage du bien
- Consentir un bail rural, commercial, artisanal ou industriel
- Doit donner son accord
Sources : service-public.gouv.fr, En quoi consiste l'usufruit et Notaires de France. Les numéros d'articles renvoient au Code civil. Un usufruit cédé conserve la durée de l'usufruit d'origine : l'acheteur d'un usufruit viager le perd au décès de l'usufruitier initial, pas au sien.
Qui paie quoi entre usufruitier et nu-propriétaire
Répartition légale par défaut, applicable à défaut de clause contraire dans l'acte
| Charge | Usufruitier | Nu-propriétaire |
|---|---|---|
| Taxe foncière | Oui (art. 608) | Non |
| Charges courantes et entretien | Oui (art. 605) | Non |
| Grosses réparations (art. 606) | Non, sauf si le défaut d'entretien les a rendues nécessaires | Oui (art. 605) |
| Assurance du bien | Oui, vivement conseillée | Non |
| Impôt sur les loyers perçus | Oui, c'est lui qui les encaisse | Non |
| Impôt sur la fortune immobilière | Oui, sur la valeur en pleine propriété (art. 968 CGI) | Non, sauf exceptions |
L'article 606 du Code civil donne des grosses réparations une liste limitative : gros murs et voûtes, rétablissement des poutres et des couvertures entières, digues, murs de soutènement et de clôture en entier. Tout ce qui n'y figure pas relève de l'entretien, donc de l'usufruitier. C'est la frontière la plus disputée entre un parent usufruitier et ses enfants nus-propriétaires. Les trois exceptions à la règle IFI et le détail du calcul figurent sur notre page IFI et transmission.
Avant d'entrer dans les lieux : l'inventaire et la caution
Deux formalités précèdent l'entrée en jouissance et sont presque toujours oubliées. L'usufruitier doit faire dresser un inventaire des meubles et un état des immeubles (art. 600 du Code civil), et il doit donner cautionpour garantir la restitution du bien. L'acte peut le dispenser de l'une comme de l'autre, et c'est le cas dans la quasi-totalité des donations familiales.
La dispense se comprend entre un parent et ses enfants. Elle a pourtant un coût différé : sans état des lieux initial, la discussion sur l'état du bien à l'extinction de l'usufruit n'a plus aucune base objective, et c'est exactement le moment où les héritiers de l'usufruitier et le nu-propriétaire ont des intérêts opposés. Faire dresser l'état des lieux coûte quelques centaines d'euros le jour de la donation ; s'en passer coûte une expertise contradictoire vingt ans plus tard.
Peut-on vendre un bien dont on n'a que l'usufruit ?
La réponse dépend de ce que vous voulez vendre. Vous pouvez céder votre usufruit à qui vous voulez, sans demander quoi que ce soit au nu-propriétaire (art. 595 du Code civil). Symétriquement, le nu-propriétaire peut vendre sa nue-propriété sans votre accord (art. 621). Chacun dispose librement de son droit.
Vendre le bien lui-même, en pleine propriété, est une autre affaire : il faut l'accord des deux. Et le nu-propriétaire ne peut pas contourner un refus en s'adressant au juge : l'article 815-5 du Code civil lui interdit de faire ordonner la vente de la pleine propriété d'un bien grevé d'usufruit contre la volonté de l'usufruitier. Un parent qui a donné la nue-propriété de son logement ne peut donc pas en être délogé, même en cas de conflit familial ouvert.
Quand la vente conjointe se fait, l'article 621 du Code civil pose la règle du partage du prix : « le prix se répartit entre l'usufruit et la nue-propriété selon la valeur respective de chacun de ces droits, sauf accord des parties pour reporter l'usufruit sur le prix ». Deux issues, donc : soit chacun encaisse sa part et le démembrement disparaît, soit l'usufruit se reporte sur la somme obtenue et le vendeur continue d'en tirer les revenus. Ce report transforme l'usufruit en quasi-usufruit sur le prix, ce qui suppose une convention écrite.
Attention à ne pas confondre deux valeurs différentes. Le barème fiscal de l'article 669 du CGI sert à liquider les droits d'enregistrement ; la répartition d'un prix de vente entre particuliers se négocie, elle, sur la valeur économique réelle des droits, qui tient compte de l'espérance de vie de l'usufruitier et du rendement du bien.
« Le prix se répartit entre l'usufruit et la nue-propriété selon la valeur respective de chacun de ces droits, sauf accord des parties pour reporter l'usufruit sur le prix. »
Article 621 du Code civil
Art. 815-5 du Code civil
Le nu-propriétaire ne peut pas demander au tribunal judiciaire d'ordonner la vente de la pleine propriété d'un bien grevé d'usufruit contre la volonté de l'usufruitier.
Le report de l'usufruit se rédige
Sans convention de quasi-usufruit constatée par écrit, la créance de restitution du nu-propriétaire sur le prix devient difficile à prouver. C'est un passage chez le notaire, pas une poignée de main.
Valeur fiscale de l'usufruit
Le barème par tranche d'âge de l'article 669 CGI, appliqué en euros
Quand l'usufruit s'arrête-t-il, et pour combien de temps au maximum ?
Un usufruit est viager par défaut: il s'éteint à la mort de l'usufruitier. C'est un droit attaché à la personne, il ne se transmet pas aux héritiers de l'usufruitier. Mais le décès n'est pas la seule fin possible. Le Code civil en prévoit plusieurs (art. 617 à 624) :
- Le décès de l'usufruitier, cas de loin le plus fréquent.
- L'arrivée du terme convenu, lorsque l'usufruit a été constitué pour une durée fixe.
- La consolidation: usufruitier et nu-propriétaire deviennent une seule et même personne, par exemple quand l'usufruitier rachète la nue-propriété.
- Le non-usage pendant trente ans.
- La renonciationde l'usufruitier, qui perd alors tous ses droits mais se libère aussi de toutes ses charges.
- La perte totale du bien, un immeuble entièrement détruit par exemple.
- L'abus de jouissance: dégradation du bien ou défaut d'entretien caractérisé, que le nu-propriétaire peut faire sanctionner en justice. C'est la seule cause qui se plaide, et les juges l'accordent rarement : voir ce que la jurisprudence retient comme abus de jouissance.
Sur la durée maximale, il faut distinguer. Pour une personne physique, il n'existe aucun plafond en années : l'usufruit viager dure ce que dure la vie de son titulaire. Pour une personne morale(société, association), l'article 619 du Code civil le limite à trente ans. Et un usufruit temporaire s'éteint à son terme, même si son titulaire est toujours vivant.
À l'extinction, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété et l'usufruitier (ou sa succession) rend le bien : c'est le moment où l'inventaire initial reprend toute son utilité. Sur le plan fiscal, cette reconstitution ne coûte rien : l'article 1133 du CGI la place hors de toute imposition. C'est ce qui fait l'intérêt du démembrement comme outil de transmission. Le détail de ce qui se passe concrètement au décès de l'usufruitier (formalités, publicité foncière, déclaration) est traité à part.
Les inconvénients réels de l'usufruit
Ils ne pèsent pas du même côté selon que l'on est usufruitier ou nu-propriétaire
Pour l'usufruitier
Il entretient, assure et paie la taxe foncière d'un bien qui ne lui appartient pas. Il ne peut ni vendre le bien seul, ni en changer la destination, ni consentir un bail commercial sans accord. S'il laisse le bien se dégrader, il s'expose à la perte de son droit pour abus de jouissance.
Pour le nu-propriétaire
Il paie les grosses réparations d'un bien dont il ne tire aucun revenu, parfois pendant vingt ou trente ans. Il ne peut ni occuper ni louer le bien. Vendre sa seule nue-propriété est possible mais le marché est étroit, et la décote y est plus forte que le barème fiscal ne le laisse croire.
Pour les deux, le risque de blocage
Vendre en pleine propriété, consentir un bail commercial, engager de gros travaux : chacune de ces décisions suppose un accord. Un désaccord familial suffit à figer la situation pendant des années, et le juge ne peut pas forcer la vente contre l'usufruitier.
La zone grise des travaux
La liste de l'article 606 est limitative et ne vise que le gros œuvre. Une chaudière, une mise aux normes électrique, un ravalement de façade n'y figurent pas nommément : leur imputation se discute, et se règle mieux dans l'acte de donation que devant un tribunal.
« Donner l'usufruit à ses enfants » : la formule dit l'inverse de ce qui se pratique
La question revient souvent telle quelle, et elle repose sur une inversion. Dans une transmission familiale, on ne donne pas l'usufruit à ses enfants : on leur donne la nue-propriété et on garde l'usufruit. Le parent continue d'habiter le logement ou d'en encaisser les loyers, et il ne se dépouille pas de son cadre de vie pour anticiper sa succession.
Ce sens de la donation a une conséquence directe : les droits ne portent que sur la valeur de la nue-propriété, qui vaut d'autant moins que le donateur est jeune. Puis, au décès, l'usufruit s'éteint et l'enfant devient plein propriétaire sans rien payer de plus. La valeur transmise en deux temps n'est taxée qu'une fois, sur sa fraction la plus faible.
Donner l'usufruit lui-même existe, mais c'est une opération rare et le plus souvent temporaire : un parent transfère à un enfant les revenus d'un bien locatif pendant quelques années, par exemple le temps de ses études. Le mécanisme, ses conditions et ses limites sont détaillés sur notre page donation d'usufruit temporaire, et son traitement fiscal dans cette fiche sur la fiscalité de l'usufruit temporaire.
Reste la question qui précède toutes les autres : faut-il vraiment démembrer, ou donner directement en pleine propriété ? Les deux options ne se valent pas selon l'âge du donateur, la nature du bien et l'usage que les enfants comptent en faire. Nous les avons mises face à face dans donner en usufruit ou en pleine propriété.
Les chiffres, les fenêtres d'âge favorables, le coût réel chez le notaire et les cas où l'opération se retourne contre son auteur sont traités dans le guide de la donation en démembrement.
Combien vaut un usufruit ?
Sa valeur dépend de l'âge de l'usufruitier : de 90 % du bien avant 21 ans à 10 % après 91 ans, selon le barème de l'article 669 du CGI. Le calculateur applique ce barème à votre situation en 30 secondes, gratuitement.
Usufruit et droit d'usage et d'habitation : ne pas confondre
Le second ne permet pas de louer, et se valorise à 60 % du premier
Le droit d'usage et d'habitationressemble à l'usufruit mais lui est nettement inférieur. Il est strictement personnel : son titulaire peut occuper le logement, mais il ne peut ni le louer ni céder son droit. Là où l'usufruitier tire des revenus du bien, le titulaire d'un droit d'usage n'a que le toit.
Cette différence se traduit directement dans la valorisation : d'après les Notaires de France, le droit d'usage et d'habitation est évalué fiscalement à 60 % de la valeur de l'usufruit viagercalculée selon le barème de l'article 669 du CGI. Sur un bien de 300 000 € détenu par une personne de 65 ans, l'usufruit vaut 120 000 € et le droit d'usage 72 000 €.
Le droit d'usage et d'habitation est régi par les articles 625 à 636 du Code civil. Il apparaît fréquemment dans les testaments qui veulent protéger un occupant sans lui donner la faculté de tirer profit du bien.
Quand l'usufruit porte sur de l'argent : le quasi-usufruit
Article 587 du Code civil, et la créance de restitution qui va avec
L'usufruit suppose normalement que le bien soit rendu en nature à l'extinction. Or certaines choses ne peuvent pas être utilisées sans être consommées : une somme d'argent, un compte-titres, un stock. L'article 587 du Code civil règle ce cas par le quasi-usufruit: l'usufruitier peut dépenser, placer ou consommer, à charge de rendre à la fin des choses de même quantité et qualité, ou leur valeur estimée à la date de la restitution.
Le nu-propriétaire ne détient donc plus un bien mais une créance de restitution, qu'il fera valoir sur la succession de l'usufruitier. Sans convention écrite constatant ce quasi-usufruit, cette créance est difficile à prouver le jour venu, et la jurisprudence est constante sur ce point.
Le traitement fiscal de cette créance a changé et mérite d'être lu à part : voir la section consacrée au quasi-usufruit dans le guide du démembrement.
Les deux usufruits que la loi impose sans acte : conjoint survivant et parents
Article 757 du Code civil d'un côté, articles 382 à 386 de l'autre
Un usufruit ne naît pas toujours d'une donation ou d'un testament. La loi en crée deux directement.
Le conjoint survivant.En présence d'enfants tous communs au couple, le veuf ou la veuve peut opter pour l'usufruit de la totalité de la succession (art. 757 du Code civil) plutôt que pour le quart en pleine propriété. Les enfants deviennent nus-propriétaires. Ce choix conserve au survivant le logement et les revenus du patrimoine, mais il fige la situation pour les enfants jusqu'à son décès. Les conditions et les conséquences de chaque option sont détaillées sur la page droits du conjoint survivant.
Les parents sur les biens de leur enfant mineur.Les articles 382 à 386 du Code civil donnent aux titulaires de l'autorité parentale la jouissance des biens de l'enfant, en contrepartie de son entretien. Cet usufruit légal s'arrête aux 16 ansde l'enfant, qui redevient alors seul titulaire des revenus de ses biens.
Questions fréquentes sur l'usufruit
Chiffrer un démembrement sur votre situation
Âge de l'usufruitier, valeur du bien : le calculateur répartit la pleine propriété entre usufruit et nue-propriété, et estime les droits de donation correspondants.
Les informations présentées sur cette page sont à caractère général et ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Elles sont vérifiées auprès de sources officielles (Code général des impôts, BOFiP, service-public.fr) mais ne sauraient se substituer à l'avis du professionnel adapté à votre situation : un notaire pour les actes (donation, testament, règlement de succession), un conseiller en gestion de patrimoine pour une stratégie d'anticipation, un avocat fiscaliste en cas de contentieux. Données fiscales en vigueur au 1er janvier 2026.